Passer au contenuPasser au chercher
Logo de TELUS Santé
Logo de TELUS Santé

COVID-19, collation des grades et courage

Personnel · 15 juin 2020

par : Dre Diane McIntosh, Membre de l’équipe TELUS

J’ai deux diplômés de 2020 dans ma famille. Mon fils recevra bientôt son diplôme de l’Université de la Colombie-Britannique et se moque complètement du fait qu’aucune cérémonie ne soit organisée pour souligner l’occasion. Ma fille s’imaginait par contre fêter en grand la fin de ses études secondaires à son bal des finissants. C’est également ce que je lui souhaitais.

Dans ce billet, je m’adresse donc aux parents ou aux personnes influentes dans la vie d’un jeune. Je vous fais part de certaines de mes expériences et de ce que j’ai appris en tant que mère quant aux étapes importantes de la vie que nous franchissons pendant la pandémie de COVID-19.

Comme la plupart des parents, mon mari et moi sommes dévoués à nos enfants. Nous avons voulu leur apprendre la gratitude, la responsabilité, la confiance et le respect des autres. Cependant, nous n’avions pas réalisé l’importance de leur enseigner le courage.

Mes enfants ont toujours eu tout ce dont ils avaient besoin et la majeure partie de ce qu’ils voulaient, et ils ont grandi à une époque marquée par la connectivité et des progrès technologiques sans précédent. Or, je m’estime chanceuse de ne pas avoir connu cette abondance et particulièrement de ne pas avoir été exposée à Internet et aux médias sociaux à cette étape de ma vie.

La technologie nous procure beaucoup d’avantages. Elle nous permet par exemple de garder le contact les uns avec les autres. Cependant, les jeunes sont vulnérables à une partie du contenu diffusé en ligne, spécialement lorsque leur cerveau n’a pas fini de se développer. Trop souvent, ils sont exposés à des messages nocifs ou blessants, directement et indirectement, entre autres à propos de leur apparence ou de leur tenue vestimentaire, de la part de leurs camarades de classe, de trolls ou de personnes dont la célébrité est l’unique attribut.

Les enfants sont vulnérables au stress parce que le cerveau humain n’a pas été conçu pour être constamment inondé de contenu hautement stressant et d’attentes irréalistes. Cette exposition est particulièrement nuisible à son développement. De l’inflammation, de l’anxiété et de la dépression peuvent découler de ces messages qu’il n’est pas prêt à gérer sur le plan fonctionnel ni sur le plan émotionnel.

Le cerveau de la plupart des jeunes n’atteint pas la maturité avant l’âge d’environ 25 ans. C’est particulièrement vrai pour la partie responsable de concevoir l’avenir, par exemple de prévoir toutes les conséquences possibles d’un geste, d’organiser et de planifier. Nous développons cette zone en apprenant de nos erreurs, en vivant des échecs, en faisant de mauvais choix et en assumant les conséquences désagréables de nos actes.

Les jeunes ont toujours eu peur de rater quelque chose (le syndrome FOMO, ou « fear of missing out » en anglais), d’échouer ou d’être rejetés. Toutefois, la différence aujourd’hui, c’est qu’ils ne sont pas préparés à vivre ces expériences parce que nous les avons toujours protégés de ce qui aurait pu les blesser. Les déceptions résultant des attentes irréalistes qu’ils entretiennent envers eux-mêmes et le monde les affectent donc davantage. Les jeunes savent aussi que les bêtises qu’ils font, et que nous faisons tous en grandissant, les hanteront à jamais si elles sont publiées en ligne.

La peur est le plus grand obstacle à la joie, à la paix intérieure et au sentiment d’accomplissement. Certains d’entre nous ont tendance à être sur leurs gardes, gênés ou sujets à l’anxiété, mais, ce que j’ai constaté en dix ans, c’est une énorme montée de l’anxiété chez mes jeunes patients, mes enfants et leurs amis. Pourquoi les jeunes ont-ils peur d’utiliser le téléphone pour son utilité première : faire des appels? Pourquoi ont-ils besoin de consulter un thérapeute ou de suivre un cours spécialisé pour se préparer à présenter une demande d’emploi ou d’inscription à l’université?

Quand mes enfants obtiendront leur diplôme et passeront au prochain grand défi de leur vie, je saurai que nous les aurons aidés à devenir de jeunes adultes reconnaissants, assez responsables et respectueux en général (car ils sont normaux, après tout), mais ils auront encore besoin de renforcer leur confiance en eux et leur courage. Voici donc les conseils que je mets moi-même en application pour aider les enfants à développer courage et résilience.

1. En leur donnant plus de temps que de choses, vous serez pour eux un modèle à suivre.

2. Montrez-leur à être braves.

Montrez-leur à être braves en dénonçant l’intimidation, en refusant de faire ce qu’ils ne veulent pas faire et en saisissant les occasions nouvelles ou inattendues qui se présentent à eux, même si elles engendrent du stress. Enseignez-leur que la crainte passera, mais que les occasions ne passent pas souvent.

3. Discutez régulièrement avec vos enfants de leur vie virtuelle et participez à leurs activités en ligne.

Il existe des outils de contrôle parental à considérer, mais ceux-ci ne remplacent pas  l’accompagnement de vos enfants dans leurs activités en ligne. La Société canadienne de pédiatrie a publié un excellent document de principes sur les médias numériques qui contient des recommandations quant au temps d’écran et décrit ses effets sur le développement du cerveau des jeunes âgés de 5 à 19 ans. Notre programme TELUS Averti offre des ressources en littératie numérique gratuites qui aident les parents à conscientiser leurs enfants à l’utilisation sécuritaire et respectueuse d’Internet. Voici deux ressources qui vous seront particulièrement utiles ces temps-ci : fiche-conseil sur la gestion du temps d’écran à la maison et Guide à l’intention des parents : Aider nos enfants à naviguer notre monde numérique.

4. Chaque fois que vous en avez l’occasion, demandez à vos enfants d’exercer leur pensée critique.

5. Soyez prêt à leur répéter sans cesse la même chose.

Faites de votre mieux pour ne pas perdre patience (vous pensez que c’est impossible, mais c’est beaucoup plus facile si vous vous rappelez que leur cerveau n’a pas fini de se développer).

6. Au lieu de leur demander comment a été leur journée, demandez-leur de vous la raconter.

Et écoutez-les attentivement. Bientôt, ils auront hâte à ce moment de la journée, et vous en apprendrez plus sur leur vie.

7. Ne les empêcher pas de tomber, échouer, perdre ou faire des bêtises.

Lorsque cela leur arrive, serrez-les dans vos bras, dites-leur que vous les aimez et encouragez-les à se relever et à recommencer. Quand ils sont prêts à l’entendre, dites-leur (et dites-vous) que ces expériences les forment en tant qu’adulte. Évidemment, ce conseil est valable tant qu’ils ne mettent pas leur vie en danger.

8. Soyez conscient que vos enfants sont différents de vous.

Les réussites et les échecs de vos enfants ne devraient pas avoir d’incidence sur votre fierté personnelle. Cette pression est trop grande pour eux. Le fait de voir vos enfants comme des êtres indépendants a un effet libérateur, pour eux et pour vous.

9. Il est parfois nécessaire d’intervenir, mais pensez-y bien avant de le faire.

Empêcher vos enfants de travailler fort, de s’améliorer ou de confronter leurs craintes parce qu’ils ne sont pas à l’aise peut les priver d’une occasion de renforcer leur confiance et leur résilience, et d’accéder à un sentiment d’accomplissement.

10. Soyez indulgent envers vous-même.

Il n’y a pas de parent parfait; nous faisons tous des erreurs. Chaque enfant a ses propres besoins et requiert des compétences parentales différentes. Malheureusement, les enfants ne viennent pas au monde avec un mode d’emploi. Il faut donc découvrir leurs besoins par essais et erreurs.

Pour terminer, j’aimerais souligner qu’il est effectivement décevant que les bals de finissants soient annulés cette année, mais que la peine passera. J’espère que les parents aideront leurs enfants à apprendre que du bon peut naître des expériences difficiles et douloureuses.

Le courage dont font preuve les premiers intervenants, les travailleurs de la santé en première ligne et les membres de la société en général durant la pandémie de COVID-19 est inspirant. Je crois que cette épreuve nous rendra plus forts et plus braves et qu’elle nous fera réaliser à quel point nous sommes tous interreliés, quelle que soit notre nationalité ou notre origine ethnique.


Partager cet article :