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« Aller lentement pour aller vite » : Sept fondateurs de jeunes pousses à vocation sociale parlent de ce qu’il faut faire pour mieux soutenir celles-ci

1 juin 2022

La liste des fondateurs de jeunes pousses à surveiller en 2022 établie par Future of Good regroupe certains des acteurs de changement les plus prometteurs, activement à la recherche de solutions créatives génératrices de retombées sociales au sein de notre monde en rapide évolution. Ils ont toutefois dû lutter pour se tailler une place dans l’univers des entreprises à vocation sociale. 

Ces fondateurs de jeunes pousses ont entre autres fait face à un manque de financement pour le démarrage, ainsi que d’accès aux réseaux existants, de mentorat et de soutien professionnel. 

Selon Nabeela Merchant, associée principale du Fonds pollinisateur de TELUS pour un monde meilleur, ces défis, inhérents à l’écosystème des entreprises à vocation sociale, sont les mêmes que ceux qu’il a fallu relever pour mettre sur pied le fonds en question. Mme Merchant déplore que l’on croie à tort que les investissements dans les entreprises à vocation sociale sont générateurs d’un moindre rendement financier, et que ces entreprises présentent donc un risque accru au départ. Il en découle selon elle « un manque de financement de démarrage pour les entreprises à vocation sociale, alors qu’elles peuvent être très rentables tout en engendrant des retombées bénéfiques, et qu’elles peuvent devenir des entreprises dynamiques et durables pourvu que l’on réponde à leurs besoins fondamentaux. »

Nous avons demandé aux fondateurs de jeunes pousses à vocation sociale figurant dans notre liste de 2022 comment les organisations aptes à soutenir celles-ci peuvent le faire de manière pertinente et holistique. Comment les chefs de file du secteur des entreprises à vocation sociale du Canada peuvent-ils contribuer à l’avènement d’un écosystème propice à la multiplication de telles entreprises? Voici ce qu’ils nous ont confié.

SENSIBILISER À L’EXCLUSION SYSTÉMATIQUE

« On s’intéresse actuellement beaucoup aux entreprises qui œuvrent au renforcement de l’équité, de la diversité et de l’inclusion (EDI), mais très peu à celles qui luttent contre les inégalités sociales, déplore Danika Kelly, cofondatrice de My Normative, entreprise qui propose une application du même nom axée sur la santé des femmes. Il existe pourtant des tas d’entreprises qui combattent les inégalités sociales, mais la lutte contre celles-ci est plus ardue, exige davantage d’investissements, de temps et de réflexion. » 

Selon Mme Kelly, les investisseurs doivent avant tout comprendre que les fondateurs de jeunes pousses issus de groupes marginalisés sont victimes d’une exclusion systémique de longue date, à laquelle il faut d’abord mettre fin.

Toujours selon Mme Kelly, « la sensibilisation de certains acteurs de l’écosystème des entreprises à vocation sociale à l’exclusion systématique et systémique de certains pans de la population aidera les futures générations d’innovateurs à changer les choses tout en créant de précieuses occasions d’affaires ».

La DreGolnaz Golnaraghi, fondatrice d’Accelerate Her Future, qui œuvre à accélérer la progression professionnelle des femmes de couleur, explique pour sa part qu’« il faut absolument que les investisseurs considèrent chaque fondateur de jeune pousse comme un partenaire et un égal, tout en contribuant à éradiquer les barrières systémiques en lui donnant accès à leurs réseaux, en lui posant des questions pertinentes et en l’aidant à étoffer sa réflexion ». « Il importe, ajoute-t-elle, d’établir des relations transformatrices et humaines, et non des relations de nature transactionnelle, strictement basées sur les chiffres. » 

MULTIPLIER LES POSSIBILITÉS DE MENTORAT POUR LES ENTREPRENEURS EN HERBE 

Il est essentiel d’assurer un mentorat aux fondateurs de jeunes pousses, qui se heurtent à des défis colossaux. Samanta Krishnapillai, fondatrice de On Canada Project, une plateforme en ligne qui apporte aux jeunes Canadiens de l’information fiable sur la pandémie de COVID-19, explique qu’elle n’avait aucune expérience en affaires avant de créer son entreprise, et qu’elle a donc dû relever de nombreux défis.

« J’aurais voulu mieux comprendre les aspects techniques, à savoir juridiques, financiers et autres, liés à la création d’une entreprise à vocation sociale, confie Mme Krishnapillai. J’ai personnellement eu la chance de pouvoir compter sur des gens formidables, mais je crois que beaucoup d’entrepreneurs non traditionnels ont du mal à cerner ces aspects. » 

Mme Merchant ajoute qu’il faut lutter contre les obstacles auxquels se heurtent les fondateurs de jeunes pousses, en les mettant en relation non seulement avec les investisseurs, mais aussi avec des prestataires de services et des mentors. Ce à quoi TELUS s’emploie d’ailleurs à faire avec le Fonds pollinisateur. 

Fondatrice et directrice générale de la PREP Academy, une organisation qui aide les étudiants afro-néo-écossais à se préparer aux études collégiales et universitaires, Ashley Hill se dit d’accord avec Mme Merchant. Elle cite en exemple sa propre expérience en tant qu’entrepreneure noire : « Je ne savais pas à qui m’adresser ni où trouver de l’information pour créer une organisation à but non lucratif. J’ai fait beaucoup de recherches, et j’ai eu la chance de pouvoir compter sur des personnes et des organismes communautaires sensationnels, qui m’ont orientée dans la bonne direction. Ce qui ne m’a pas empêché de devoir travailler jusqu’à tard dans la nuit, d’envoyer des tas de courriels restés sans réponse, de devoir faire des appels à froid, etc. » 

Pleinement consciente de la difficulté d’obtenir des conseils, Mme Hill souhaite aujourd’hui venir en aide aux aspirants entrepreneurs noirs qui souhaitent créer leur propre entreprise ou organisation à but non lucratif.

LE FINANCEMENT INITIAL DES JEUNES POUSSES DOIT ÊTRE UNE PRIORITÉ

Nombre de fondateurs de jeunes pousses présents sur notre liste de 2022 conviennent avoir eu du mal à obtenir le financement nécessaire au démarrage de leur entreprise ou de leur organisation à but non lucratif.

Scott Keesey, fondateur de DISCOVELO, une plateforme numérique qui aide les étudiants à gérer leur énergie émotionnelle et physique par l’exercice, raconte que son entreprise a d’abord bénéficié de fonds d’amis et de membres de la famille conscients de la difficulté d’obtenir un financement de démarrage, s’étant eux-mêmes heurtés à cette difficulté.

M. Keesey explique : « Divers investisseurs sont prêts à nous épauler une fois que nous avons fait notre place sur le marché, mais en attendant, nous avons du mal à obtenir les sommes de moyenne importance nécessaires pour y parvenir. Il nous faut vraiment interpeller sans attendre les investisseurs qui, pour investir dans une entreprise à vocation sociale, attendent souvent qu’elle présente selon eux moins de risques. »

Mme Merchant confirme qu’il est plus difficile d’obtenir du financement aux premiers stades d’une entreprise, et le regrette : « Il est essentiel, dit-elle, que les entreprises à vocation sociale aient accès à un financement de démarrage, en particulier quand vient le temps de démontrer la viabilité de leur concept. » L’enjeu est de taille : En effet, environ 20 pour cent des jeunes pousses font faillite dès la première année, et 60 pour cent ne franchissent pas le cap de la troisième.

Mme Merchant ajoute qu’il existe un besoin croissant de solutions à divers problèmes, compte tenu de l’urgence de remédier à ceux liés, par exemple, aux inégalités sociales ou au changement climatique. « La contribution à la croissance accélérée des jeunes pousses à vocation sociale aidera celles-ci à s’attaquer à ces problèmes, précise-t-elle. Et cela encouragera davantage de personnes à mener à bien leurs idées. »

LES FONDATEURS ONT BESOIN D’INVESTISSEURS QUI ADHÈRENT À LEUR VISION 

Les fondateurs de jeunes pousses à vocation sociale qui souhaitent proposer des solutions novatrices disent avoir du mal à trouver des investisseurs qui adhèrent à leur vision. Tout est avant tout une question de confiance. 

« Il est essentiel de forger des liens fondés sur une confiance réciproque avec des investisseurs qui croient en notre mission, selon Jonah Chininga, fondateur de MICC, une plateforme de prêt et de crédit à vocation sociale. D’après mon expérience, la meilleure chose à faire est de forger des liens avec des investisseurs qui ont l’expérience de notre secteur. Ils connaissent nos difficultés, peuvent nous servir de mentors et nous aider à concrétiser notre vision grâce à leur créativité et à leur éthique professionnelle. »

« Il s’agit avant tout d’être sur la même longueur d’onde », résume Karen Yip, fondatrice de Choro, une plateforme de mise en relation avec les aidants locaux pour les tâches quotidiennes. « Il faut partager les mêmes objectifs, la même mission, les mêmes valeurs et la même orientation. Il importe que tous les membres de l’équipe soient enchantés par le plan stratégique proposé. »

Compte tenu de l’évolution du secteur de l’investissement, Mme Yip estime que les investisseurs ne peuvent désormais prendre de décisions sans tenir compte des principaux problèmes auxquels la société est confrontée : « Quand l’intérêt des actionnaires et ceux de tout un chacun concordent, tout le monde y gagne. » 

ÉLOGE DE LA PATIENCE

Dans l’univers des jeunes pousses, on porte parfois au pinacle celles qui connaissent une réussite immédiate. Or, même s’il est urgent que de jeunes entreprises à vocation sociale trouvent des solutions aux problèmes qui se posent, il ne faut pas oublier que les solutions durables prennent du temps à s’établir, selon Mme Kelly. « Quand j’ai créé My Normative, raconte-t-elle, j’ai senti une énorme pression, comme s’il me fallait résoudre sans attendre le problème de l’inclusion des femmes. Pourtant, s’il était facile à résoudre, beaucoup moins de jeunes pousses s’y attaqueraient. »

« Des tas de gens formidables n’ont pas réussi à engendrer les changements et les retombées qu’ils souhaitaient, poursuit Mme Kelly. La résolution d’un problème comme celui de l’inclusion des femmes demande énormément de résilience et de ténacité. » 

Selon Mme Merchant, les jeunes pousses à vocation sociale qui s’attaquent à des problèmes sociaux doivent veiller à ce que leurs solutions répondent vraiment aux besoins de leur clientèle. Mais cela demande du temps, surtout dans le cas des solutions novatrices. 

« Dans bien des cas, précise Mme Merchant, il faut savoir aller lentement pour aller vite. Il est important de mener le travail préparatoire qui s’impose. Viser dès le départ une croissance à tout prix peut non seulement mettre en péril la réussite future de l’entreprise, mais aussi porter préjudice aux collectivités auxquelles elle entend venir en aide. »

Aux investisseurs qui souhaitent contribuer à cette culture de la patience, Mme Merchant conseille de gagner d’abord la confiance des fondateurs de jeunes pousses, puis de s’attendre ensuite à des soubresauts ou à des changements d’orientation.

« Ne laissez personne vous faire sentir que vous faites fausse route ou que vous progressez trop lentement vers votre objectif, conseille Mme Merchant aux fondateurs de jeunes pousses. Il est bien plus important de créer des entreprises à vocation sociale dont les solutions répondent aux besoins complexes du groupe cible et prennent en compte ses réalités », conclut-elle.


Cet article de Neha Chollangi a d’abord été publié sur futureofgood.co le 28 mars 2022.

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