Sécurité et vie privée / 22 janvier 2020

La vie privée en 2020 : entrevue avec Ann Cavoukian

Nimmi Kanji

Nimmi Kanji

directrice générale, programmes à vocation sociale : TELUS Averti et TELUS pour l’avenir

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Le 28 janvier, c’est la Journée de la protection des données. Lancée officiellement en 2008 par la National Cyber Security Alliance, cette journée internationale vise à alimenter le dialogue sur la question et à donner aux personnes et aux entreprises les moyens de respecter la vie privée, de protéger les données et d’établir des liens de confiance.

La conversation en vaut la peine. Le Commissariat à la protection de la vie privée du Canada a réalisé un sondage d’opinion publique sur les questions liées à la protection de la vie privée. Selon le rapport publié en mars 2019, environ les deux tiers des Canadiens sondés estiment avoir une bonne (50 %) ou une très bonne (14 %) connaissance de leurs droits en la matière. Or, 92 % d’entre eux se sont montrés préoccupés par la protection de la vie privée.

Ann Cavoukian, spécialiste de la protection de la vie privée mondialement reconnue, partage cette inquiétude. Créatrice de Privacy by Design (en anglais), Mme Cavoukian a exercé trois mandats comme commissaire à l’information et à la protection de la vie privée de l’Ontario (de 1997 à 2014). Nous avons eu la chance de la rencontrer pour discuter de ce que 2020 nous réserve en matière de vie privée et examiner les façons de mieux la protéger en tant que consommateurs.

Q : Quelles sont les tendances les plus lourdes en 2020 qui marqueront la nouvelle décennie pour les consommateurs?

AC : Au Canada comme à l’étranger, les statistiques indiquent que la protection de la vie privée inquiète plus de 90 % de la population. En 20 ans, je n’ai jamais vu une proportion aussi élevée. Les consommateurs, de plus en plus sensibilisés et intéressés, demandent un changement de cap. Ils exigent des secteurs privé et public des solutions concrètes qui répondent à leurs besoins en protection de la vie privée, qui remettent entre leurs mains la protection de leur vie privée et qui comblent le déficit de confiance grandissant. Heureusement, des entreprises comme TELUS montrent l’exemple et prennent les mesures qui s’imposent. Les autres doivent emboîter le pas et accorder la priorité à la protection de la vie privée.

Q : Par quels comportements quotidiens les Canadiens compromettent-ils inconsciemment (ou consciemment) leur vie privée?

AC : Je ne veux pas être alarmiste, mais la plupart de nos actions en ligne peuvent compromettre notre vie privée. L’acceptation des témoins sur les sites web, l’utilisation de la technologie pour communiquer et l’utilisation des moteurs de recherche sont quelques exemples. Dans nos vies très occupées, nous voulons accéder rapidement à l’information. Donc, bon nombre d’entre nous acceptent les témoins. Soit on les accepte, soit on n’a pas accès à l’information dont on a besoin. Nous devons changer ce paradigme. Les mécanismes de consentement doivent être clairs, faciles à comprendre et conçus pour les consommateurs, qui doivent savoir ce qu’ils acceptent. Il existe des moteurs de recherche soucieux de la vie privée, dont DuckDuckGo et Firefox.

Q : La gestion de la confidentialité dans les médias sociaux et le traitement de nos données personnelles par les entreprises ont suscité de nombreuses critiques de la part du public. Qu’en pensez-vous? Comment pouvons-nous profiter des relations et de l’esprit de communauté créés par les médias sociaux sans compromettre notre vie privée?

AC : Les entreprises de médias sociaux de ce monde affirment qu’ils respectent les principes de base de la protection de la vie privée et des données. Mais le plus important, c’est que les médias sociaux doivent restreindre leur utilisation des données aux fins prévues.

Que peuvent donc faire les consommateurs? Ils peuvent modifier les paramètres de confidentialité et d’autorisation de leurs comptes de médias sociaux. Ils devraient aussi faire un suivi par courriel pour exiger les mesures de protection de la vie privée les plus efficaces. Il existe des façons de bloquer ses données et de restreindre leur utilisation. Les consommateurs doivent être proactifs et en faire la demande dès le départ. Actuellement, nous ne pouvons pas compter sur les entreprises pour protéger notre vie privée. Nous devons en faire la demande nous-mêmes. C’est ce que je fais, en ligne et hors ligne. Les réponses sont souvent surprenantes. La plupart des entreprises prévoient des mesures, mais il faut les réclamer.

Q : Les parents d’aujourd’hui doivent apprendre un tout nouveau langage et engager des conversations sur la protection de la vie privée en ligne. À quelles notions de base les parents devraient-ils penser s’ils veulent élever des citoyens numériques avertis?

AC : Les parents doivent être prêts à donner à leurs enfants des exemples réels de conséquences possibles. Je visite moi-même des écoles pour parler de protection de la vie privée. Les médias regorgent d’histoires sur ce qui arrive lorsqu’on révèle trop de renseignements à la mauvaise personne. Habituellement, quand je raconte ce genre d’histoires, les gens sont estomaqués. Lorsque des enfants divulguent des renseignements de façon inappropriée, des gens peuvent connaître leur identité et savoir où ils se trouvent, ce qui est troublant. J’encourage les parents à montrer à leurs enfants comment activer les mesures de protection de la vie privée les plus strictes offertes en ligne. Par exemple, les iPhone permettent de crypter les communications de bout en bout pour en protéger la confidentialité. Désactiver la géolocalisation lorsque vous n’en avez pas besoin est une autre mesure de protection de la vie privée.

Q : Quelles habitudes technologiques pouvons-nous intégrer à notre quotidien pour mieux protéger notre vie privée?

AC : J’ai l’habitude de dire aux gens : « Où que vous soyez, en ligne ou hors ligne, prenez quelques instants pour étudier les mesures de protection de la vie privée les plus efficaces qui vous sont offertes ». Partagez vos informations à un public restreint. Diffusez-les seulement aux gens avec qui vous avez une relation de confiance et évitez de les rendre publiquement accessibles. En définitive, tout le monde doit pouvoir gérer ses propres renseignements. Vous seul devriez décider à qui ils sont divulgués et comment ils sont utilisés. Pour protéger sa vie privée, il faut avant tout la prendre en main. Maintenant que les modèles décentralisés gagnent en popularité, je vois l’avenir d’un bon œil et je crois en notre capacité à répondre efficacement aux problèmes de respect de la vie privée urgents qui préoccupent une grande partie des Canadiens.

Pour souligner la Journée de la protection des données, TELUS Averti a créé un petit jeu-questionnaire pour vous permettre d’évaluer vos connaissances en matière de vie privée et vous donner des conseils sur la protection de votre vie privée dans le cyberespace. Répondez au jeu-questionnaire.

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Paramètres de confidentialité et autorisations
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