Violet Gellenbeck, aînée et mentore en langues, et Lucy Gagnon, trésorière de la Witsuwit’en Language and Culture Society

Réconciliation

La connexion fait la force : une communauté autochtone se réapproprie sa langue ancestrale grâce à la haute technologie

19 mars 2020
(Dessus) (de gauche à droite) Violet Gellenbeck, aînée et monitrice de langue, et Lucy Gagnon, directrice générale de la Première Nation de Witset. Mme Gellenbeck, âgée de 82 ans, porte une couverture à boutons traditionnelle qui lui a été léguée par ses ancêtres. PHOTO DE MARK WEST
La tablette Apple de Violet Gellenbeck sonne : un membre de sa famille sur Facebook lui demande comment prononcer quelques mots dans la langue Witsuwit’en.
C’est notre façon courante de communiquer dans notre monde connecté. Toutefois, pour Mme Gellenbeck et d’autres membres de la
Première Nation de Witset
, une petite communauté autochtone située dans la vallée de Bulkley, juste à l’ouest de Smithers, la facilité de la connexion numérique représente quelque chose de beaucoup plus important. C’est une leçon de l’ère moderne sur le développement communautaire et l’expression culturelle qui prend forme dans un plan ambitieux pour préserver et revitaliser leur langue ancestrale.
« C’est comme ça que nos ancêtres ont toujours considéré l’enseignement de notre histoire et de notre culture aux jeunes, déclare Mme Gellenbeck, aînée, monitrice de langue et gardienne du savoir respectée à Witset. Si vous ne comprenez pas notre langue, vous ne pouvez pas bien comprendre notre territoire, nos traditions et notre mode de gouvernance. Il faut parler notre langue pour ça. »
Violet Gellenbeck tient une photo prise dans les années 1950 et montrant quatre générations de sa famille, qui parlent toutes couramment la langue wet’suwet’en.

Violet Gellenbeck tient une photo encadrée prise dans les années 1950 et montrant quatre générations de sa famille, qui parlent toutes couramment la langue Witsuwit’en. Sur la photo, Violet porte une robe à rayures et est assise sur le camion. PHOTOGRAPHIE DE MARK WEST


Tout le monde apprend

Le projet de langue arrive à un moment critique pour cette Première Nation, et pour d’autres communautés autochtones du Canada. D’après Statistique Canada, le nombre de gens qui maîtrisent suffisamment une langue autochtone pour pouvoir avoir une conversation est à la hausse partout au pays, mais il demeure tout de même de 3,1 pour cent environ. Dans la communauté de Witset, moins de 100 personnes sur 2 200 parlent le Witsuwit’en (la langue du peuple Witsuwit’en), malgré tous les efforts de revitalisation déployés par les dirigeants communautaires depuis 25 ans.
Ce mouvement a toutefois pris beaucoup d’ampleur récemment avec l’arrivée du réseau à fibre optique de prochaine génération dans la région, grâce à
Pathways to Technology
(un projet géré par
All Nations Trust Company
) et à TELUS. Ce projet financé par le gouvernement vise à fournir un accès Internet haute vitesse fiable et à prix abordable aux Premières Nations de la Colombie-Britannique.
Le réseau
TELUS PureFibre
accélère considérablement les vitesses de connexion et offre une capacité de données pratiquement illimitée, sans interruption ni ralentissement. Pour Witset, la puissance de cette connexion a déclenché une tempête d’innovation sous la forme de nouvelles possibilités de mettre en contact les personnes qui maîtrisent la langue Witsuwit’en et celles qui désirent l’apprendre, peu importe leur âge.
Parmi les programmes les plus prometteurs figure un programme offert à 30 élèves de garderie dès l’âge d’un an. Les enfants passent l’avant-midi avec des aînés qui leur apprennent des mots et des chansons traditionnels accompagnés de mouvements pour développer leur mémoire. Ces leçons sont financées par le
First People’s Cultural Council
et sont offertes gratuitement. Les enfants reçoivent un repas chaud, pourvu que leurs parents ou tuteurs suivent un cours du soir chaque semaine pour continuer l’apprentissage de la langue à la maison.
Amanda Lewis, enseignante en langues, et ses élèves à l’école primaire Witset

La professeure de langue Amanda Lewis est fière de veiller à ce que les enfants de l’école primaire de Witset soient en contact avec leur histoire et leur culture grâce à la langue Witsuwit’en. PHOTOGRAPHIE DE MARK WEST

Ce programme porte déjà ses fruits. Les enfants absorbent la langue si rapidement que la responsable de la garderie fait souvent appel à eux pour comprendre des mots ou des phrases, au lieu de demander aux aînés.
Un programme d’immersion de trois mois pour les adultes a aussi été lancé récemment et une proposition pour un programme de deux ans est en cours.
« Je suis très heureuse, dit Lucy Gagnon, directrice générale de la Première Nation de Witset, à propos de l’engouement renouvelé pour la langue. À mon bureau, nous encourageons les gens à parler la langue le plus possible. Les gens arrivent et disent “b’in honzu” ou “bonjour”. »
Plus important encore, les apprenants ont maintenant accès à des ressources en ligne essentielles, comme FirstVoices, un site Web qui permet aux locuteurs de téléverser du contenu écrit et des enregistrements audio et vidéo de mots, de phrases, de chansons et d’histoires dans une base de données centralisée.
Grâce au réseau de fibre optique, plus de 50 personnes sont maintenant inscrites à un des trois cours de langue Witsuwit’en.
Avec l’appui financier de TELUS, la
Witsuwit’en Language and Culture Society
, une organisation sans but lucratif, a aussi numérisé des enregistrements audio d’aînés qui parlent, pendant qu’un linguiste à Seattle crée un dictionnaire Witsuwit’en numérique, qui fournira des extraits sonores de mots et de phrases spécifiques. De plus, une application mobile est en cours d’élaboration.
L’intégration de la langue à la vie quotidienne est essentielle aux plans de revitalisation.
« Si nous ne faisons rien, la langue mourra, et nous ne voulons pas qu’elle meure, » déclare Mme Gagnon.

Une connexion améliorée

Pour TELUS, permettre à des communautés comme Witset d’avoir accès à la même connectivité de classe mondiale que les grandes villes canadiennes n’était pas une mince tâche. Le terrain accidenté, composé de montagnes, de rivières et de vallées profondes, était un important défi à relever durant l’installation de la fibre optique dans la communauté.
Le réseau offre plus qu’une connexion Internet haute vitesse. Dans cette région, TELUS PureFibre est l’épine dorsale d’une connexion sans fil élargie le long d’un tronçon bien connu de l’autoroute 16, appelée l’autoroute des larmes, à cause du nombre de femmes autochtones qui ont disparu ou qui ont été assassinées le long de cette route éloignée. Grâce à cette connectivité améliorée, les résidents comme les visiteurs peuvent utiliser leurs téléphones intelligents dans la région entourant Witset.
Nous voyons déjà une différence. Mme Gagnon rentrait chez elle après un concert de Noël lorsqu’elle a aperçu une semi-remorque dans le fossé. Pendant que le chauffeur sortait de la cabine en rampant, elle a fait le 911 et une ambulance est arrivée sur les lieux rapidement. 
« Le simple fait de pouvoir faire ça améliore beaucoup les déplacements dans la région, » dit-elle.
Il y a aussi des retombées pour les entreprises. Dans cette région qui dépend du tourisme saisonnier, la promesse d’un accès rapide et sans interruption au réseau Wi-Fi partout, du camping à la station-service, est une bénédiction.
Cela a permis au Bureau du conseil de bande de Witset, un employeur local important, d’économiser beaucoup de temps et d’argent. Les frais de connexion à Internet ont chuté de 1 700 $ à 250 $ par mois, et le personnel administratif n’a plus besoin d’attendre 10 minutes pour imprimer un document, dit Mme Gagnon. De plus, les conseillers de bande ont acheté des ordinateurs portables et fonctionnent sans papier, et lorsqu’un conseiller ne peut être physiquement présent à une réunion du conseil, il peut maintenant participer par Zoom ou par Skype.
Tout le monde apprend. Grâce au réseau, les jeunes de la communauté peuvent s’instruire en suivant des formations en ligne et des cours à distance dans le confort de leur foyer. Pendant ce temps, à l’école du village, les élèves ont accès à 40 tablettes et à 20 ordinateurs en classe et leur professeur se sert d’un tableau intelligent numérique, et tous ces appareils peuvent être utilisés en même temps sans réduire les vitesses grâce à la capacité quasi infinie de la fibre optique.
Lucy Gagnon, trésorière de la Witsuwit’en Language and Culture Society.

Grâce aux nombreux programmes novateurs maintenant offerts pour appuyer l’apprentissage des langues, Lucy Gagnon est optimiste quant à la transmission des traditions des Witsuwit’en aux futures générations. PHOTOGRAPHIE DE MARK WEST

« C’est une très bonne chose pour notre communauté, » déclare Mme Gagnon.
Comme Mme Gellenbeck, elle est ravie d’entendre autant de gens parler sa langue, y compris des étudiants qui vivent aussi loin qu’à Prince George et Vancouver, qui ont entendu parler des ressources langagières offertes par la communauté de Witset et qui souhaitent apprendre autant qu’ils peuvent, en particulier auprès de locuteurs natifs de la langue Witsuwit’en comme elle.
Les politiques du gouvernement creusent davantage le fossé numérique au Canada et empêchent les Canadiens en région rurale de bénéficier d’une connexion internet optimale. Vous pouvez contribuer à changer les choses.
Mme Gellenbeck dit qu’elle développe aussi de nouvelles compétences au fur et à mesure qu’elle entre dans le monde numérique. 
« Je ne sais pas ce que nous ferions si nous n’avions plus Internet haute vitesse. Nous pouvons partager plus de choses que jamais, affirme-t-elle. Nous pouvons utiliser Skype pour enseigner à distance, accéder à plus d’information sur les programmes en ligne et communiquer directement avec d’autres Premières Nations partout au pays pour savoir ce qu’ils font pour se réapproprier leurs langues. »
« Le processus doit se poursuivre et doit répondre aux besoins des jeunes d’aujourd’hui. Nous ne pouvons pas enseigner selon les anciennes méthodes. Le fait d’avoir accès à un ordinateur a complètement changé la donne. »
Deux hommes debout dans un champ souriant et regardant une tablette.

Aidez à améliorer la connectivité dans les régions rurales du Canada

De meilleures politiques du gouvernement sont nécessaires pour aider les Canadiens vivant dans les régions rurales à avoir accès à Internet haute vitesse.

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