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Réconciliation

Le temps est venu de faire face à notre vérité et de mobiliser les efforts de réconciliation

23 nov. 2021
Je m’appelle Chastity Davis-Alphonse. Je suis une femme d’origine mixte autochtone et européenne, et fière membre de la nation Tla’amin. Je suis mariée à un membre de la nation Tŝilhqot’in, le chef Nits’ilʔin Joe Alphonse du gouvernement Tl’etinqox-t’in. J’ai été adoptée par la famille White de la nation Heiltsuk à l’occasion d’un de leurs potlatchs. J’ai également reçu le nom traditionnel Kwak’wala de « Lakwalese », qui signifie « La grande rassembleuse ».
Mes racines autochtones influencent une grande partie de ma personnalité. Mon ascendance mixte est un autre facteur de mon identité et alimente mon dévouement à bâtir des ponts entre les Autochtones et les non-Autochtones sur ces terres maintenant appelées le Canada.
Ce travail a toujours été important, mais il n’a jamais été aussi essentiel.
À ce sujet, je dois reconnaître les milliers d’enfants autochtones qui ont été retrouvés dans des tombes anonymes d’anciens pensionnats partout au pays au cours des derniers mois. Des milliers d’autres doivent encore être localisés.
Leur mort a suscité, à juste titre, un sentiment de chagrin et d’horreur chez la plupart des Canadiens. Nous ne pouvons plus nier la vérité du passé colonial du Canada et des politiques et lois créées intentionnellement pour déposséder les peuples autochtones de leurs terres et permettre aux premiers colons d’acquérir et de posséder ces terres. Ces politiques coloniales ont rendu illégaux tous les aspects du mode de vie traditionnel des peuples autochtones et les ont remplacés par des lois qui les ont assimilés à la société canadienne dominante. Les pensionnats faisaient partie de cette assimilation agressive. En raison de la loi, chaque enfant autochtone vivant dans une réserve autochtone a dû fréquenter ces écoles au fil des générations.
Cette réalité coloniale est celle avec laquelle les peuples autochtones vivent depuis des générations. Ma grand-mère et ma mère ont toutes deux été envoyées dans un pensionnat et profondément marquées par cette expérience. Les séquelles laissées par les pensionnats sont restées gravées dans leur mémoire et leur ont nui quotidiennement tout au long de leur vie. 
Pour de nombreux non-Autochtones, la vérité de cette réalité est nouvelle et profondément inconfortable. Pourtant, c’est notre histoire commune : il faut la regarder en face.
Nous devons à ces enfants, ainsi qu’aux milliers de survivants des pensionnats, à leurs proches et à tous les survivants intergénérationnels, de nous unir, dans une tout autre perspective que les générations précédentes. À l’heure actuelle, nous avons une occasion bien réelle d’accepter notre vérité et de réaliser la réconciliation pour continuer à bâtir un avenir plus inclusif.
Je suis heureuse de voir les dirigeants et dirigeantes d’entreprise prendre des engagements significatifs envers la vérité et la réconciliation. Dans mon rôle de conseillère stratégique en relations avec les Autochtones, j’ai constaté que les entreprises font des progrès encourageants, en accordant la priorité à l’établissement de relations entre Autochtones et non-Autochtones dans tous les secteurs d’activité, sous l’impulsion de forces externes et internes.
TELUS a entrepris un parcours pluriannuel visant à intégrer la vérité et la réconciliation avec les peuples autochtones dans tous les aspects de ses activités.
J’ai eu l’occasion d’influencer et de conseiller les dirigeants de l’entreprise et de travailler en partenariat avec eux. J’ai été témoin de leurs actions en 2021 : ils ont approfondi la discussion avec les dirigeants, les aînés et les collectivités autochtones dans les régions que l’entreprise dessert. Guidée par les voix autochtones et les cadres dirigés par les Autochtones pour la vérité et la réconciliation, comme les 231 appels à la justice de Réclamer notre pouvoir et notre place : le rapport final de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, et les 94 appels à l’action de la Commission de vérité et réconciliation, cette mobilisation éclaire l’élaboration et la mise en œuvre du premier plan d’action pour la réconciliation avec les peuples autochtones de TELUS.
Ceux-ci sont à l’avant-garde du mouvement de vérité et réconciliation depuis des générations, ouvrant la voie aux Canadiens non autochtones et aux gouvernements pour qu’ils aient le courage de participer pleinement à ce mouvement. Les changements aux politiques et aux lois concernant les peuples autochtones ont toujours été menés par ces derniers. 
Les peuples autochtones sont forts, résilients et tactiques. Nous devons l’être. Nous devons l’être pour mobiliser les gouvernements afin qu’ils éliminent les préjugés racistes sur les peuples autochtones et que cette mobilisation se traduise par des changements de politiques et de lois, comme l’article 35 de la Loi constitutionnelle de 1982, la Commission royale sur les peuples autochtones en 1995 et les récents travaux menés par des autochtones, comme le rapport final de la Commission de vérité et réconciliation et ses 94 appels à l’action, la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones adoptée dans la législation fédérale en juin 2021, et les 231 appels à la justice.
Le changement peut sembler intimidant. Les efforts de vérité et de réconciliation doivent être ambitieux et stratégiques pour être significatifs. Cependant, je crois qu’ils commencent au niveau individuel.
Dans le cadre de mon travail auprès d’organisations et de particuliers non autochtones, j’exhorte souvent les participants à commencer par examiner – et à remettre en question – leurs propres préjugés et à en apprendre davantage sur l’histoire du Canada dans une optique autochtone. J’ai pu constater que la plupart des non-Autochtones ont l’impression de ne pas avoir subi les conséquences des torts qui ont été causés. Au fur et à mesure qu’ils examinent plus en profondeur leur propre vérité et poursuivent leur cheminement vers la réconciliation, il est très inspirant d’être témoin de l’éveil d’une nouvelle compréhension : chaque Canadien est touché par les décisions historiques des premiers gouvernements du pays, celles qui ont mené à la création de la Loi sur les Indiens. Ces décisions continuent d’orienter notre conditionnement et nos opinions et influencent nos relations avec les Autochtones.
Vous pouvez entamer votre propre cheminement vers la vérité et la réconciliation en assistant à une séance de formation dirigée par des Autochtones, en lisant des livres d’auteurs autochtones, en regardant des films et des documentaires de cinéastes autochtones et en vous renseignant sur les terres autochtones où vous vivez.
On croit souvent à tort que la vérité et la réconciliation relèvent du gouvernement. Certes, les politiques gouvernementales sont nécessaires et doivent assurer une représentation équitable des peuples autochtones, mais la vérité et la réconciliation vont beaucoup plus loin que les actions gouvernementales. C’est une responsabilité collective composée d’actions individuelles.
Cela ne se fera pas du jour au lendemain. Après tout, nous nous efforçons de réparer plus de 150 ans de politiques coloniales profondément enracinées qui ont été appliquées de façon agressive aux peuples autochtones et qui existent encore aujourd’hui. 
Les aînés disent que nous sommes les ancêtres de demain. Nos actions aujourd’hui feront partie de l’histoire. Par conséquent, pour notre génération actuelle, le temps est venu de faire face à la vérité et de mettre en place des efforts de réconciliation afin que nous puissions laisser un héritage dont nos arrière-petits-enfants seront fiers.