Médias sociaux / 27 juin 2026

Comprendre le mouvement de la « génération anxieuse »

Amanda Lee

Amanda Lee

Conseillère principale, Programmes, Technologies pour l’avenir et TELUS Averti

Un adolescent stressé regarde son téléphone.

Vous avez probablement vu les manchettes. L’Australie, le Royaume-Uni et plusieurs autres pays ont pris des mesures pour interdire les médias sociaux aux jeunes de moins de 16 ans. Le Canada étudie maintenant la possibilité d’adopter une législation similaire. Mais d’où vient ce mouvement? Qu’est-ce qui a poussé les gouvernements du monde entier à adopter une position aussi radicale à l’égard de la technologie?

La réponse se trouve dans des travaux de recherche comme ceux présentés dans le récent livre du psychologue Jonathan Haidt, The Anxious Generation. Si vous avez remarqué que votre adolescent semble plus anxieux que vous ne l’étiez à son âge, sachez que vous n’êtes pas seul. L’ouvrage de M. Haidt offre une analyse convaincante, appuyée par la recherche, sur les raisons pour lesquelles les jeunes d’aujourd’hui sont aux prises avec des niveaux d’anxiété et de dépression sans précédent. Plus important encore, il propose des pistes concrètes aux parents qui tentent de s’y retrouver dans le monde numérique et de comprendre pourquoi les décideurs interviennent maintenant.

L’argument central de M. Haidt est simple : le passage d’une enfance centrée sur le jeu à une enfance centrée sur le téléphone a profondément transformé le développement des jeunes, de manière préoccupante. Mais ce qui distingue ce livre, c’est qu’il ne diabolise pas la technologie. Au contraire, il présente une argumentation équilibrée et fondée sur des données probantes qui explique pourquoi nous devons repenser la façon dont les jeunes interagissent avec les appareils. En fait, les recherches de M. Haidt fournissent les bases scientifiques des changements de politique que les gouvernements envisagent actuellement.

Comprendre le tournant

Un point crucial des recherches de M. Haidt est de déterminer à quel moment les choses ont changé. Entre 2010 et 2015, les téléphones intelligents sont devenus omniprésents et les algorithmes des médias sociaux ont été optimisés pour maximiser l’engagement. Ce moment coïncide directement avec des pics de dépression, d’anxiété et de taux de suicide chez les adolescents, en particulier chez les filles.

Ce n’est pas de la spéculation; c’est attesté par les données sur la santé. La corrélation est frappante, et M. Haidt explique soigneusement aux lecteurs pourquoi ces outils, bien qu’utiles à bien des égards, ont créé de véritables problèmes pour les cerveaux en développement. Cet ensemble de preuves est précisément ce qui a incité les pays à reconsidérer les restrictions d’âge sur les plateformes de médias sociaux.

Les quatre principaux problèmes soulevés par M. Haidt

Comprendre ces enjeux permet d’expliquer ce que vit votre adolescent et pourquoi les gouvernements passent à l’action :

  1. Perturbation du sommeil : l’utilisation des téléphones intelligents dans les chambres à coucher nuit fondamentalement au sommeil. Les adolescents sont déjà confrontés à des changements naturels de leur rythme circadien, et l’ajout d’une stimulation lumineuse en fin de soirée et de contenus captivants entraîne un manque de sommeil important. Les effets se répercutent sur tout : l’humeur, le rendement scolaire et la régulation émotionnelle.
  2. Diminution des échanges en personne : Bien que les jeunes aient plus de liens numériques que jamais, ils se sentent plus seuls. La communication par écrit diffère fondamentalement des échanges en personne, particulièrement durant les années critiques où les compétences en matière d’amitié se développent.
  3. Anxiété liée à la comparaison sociale : Les plateformes de médias sociaux sont conçues pour susciter des comparaisons constantes. Pour les adolescents qui traversent des étapes de développement déterminantes pour la formation de l’identité, cette image soigneusement construite de la vie des autres alimente l’anxiété et les préoccupations liées à l’image corporelle.
  4. Conception algorithmique axée sur l’engagement : Ces plateformes emploient des milliers d’ingénieurs qui conçoivent des fonctionnalités visant spécifiquement à maximiser le temps d’utilisation. Les jeunes cerveaux en développement sont particulièrement vulnérables à ces mécanismes.

Mesures concrètes pour mieux gérer le temps d’écran

Selon les recommandations de M. Haidt et les recherches fondées sur des données probantes, les familles peuvent apporter des changements significatifs :

  1. Établir des chambres sans téléphone : Il s’agit du changement le plus important. Retirez complètement les appareils des chambres à coucher. La qualité du sommeil affecte directement la santé mentale, le rendement scolaire et la résilience émotionnelle.
  2. Retarder l’accès à un téléphone intelligent : M. Haidt conseille d’attendre l’âge de 14 ans pour posséder un téléphone intelligent. Un téléphone de base pour la communication convient bien aux plus jeunes enfants, sans l’accès aux médias sociaux ni la connectivité constante.
  3. Prioriser le jeu libre : Les activités à l’extérieur, l’ennui et la résolution de problèmes de façon autonome renforcent la résilience, chose que les écrans ne peuvent pas faire. Ce type de jeu est essentiel au développement social et émotionnel.
  4. Adopter une approche réfléchie de la consommation des médias : Au lieu de se concentrer uniquement sur les limites de temps, il faut prêter attention aux contenus que les jeunes consomment. Comprendre les algorithmes et discuter du jeu de la comparaison aide à développer une pensée critique à l’égard des médias sociaux.
  5. Donner l’exemple d’un comportement sain : Les parents doivent examiner leurs propres habitudes d’utilisation des écrans. Les enfants intériorisent les comportements quotidiens plus efficacement que les règles seules. Donner l’exemple d’une utilisation équilibrée des appareils établit des attentes plus efficacement que les restrictions.
  6. Trouver des solutions de rechange dans le monde réel : Le sport, les arts, les clubs et les véritables occasions de socialiser permettent de combler le vide laissé par le temps d’écran tout en tissant des amitiés authentiques et en développant des compétences.
  7. Privilégier la transparence plutôt que la surveillance : Plutôt que d’effectuer une surveillance en cachette, discutez ouvertement des activités en ligne. Cela permet d’instaurer un climat de confiance tout en aidant les jeunes à comprendre leur propre relation avec la technologie.

Pourquoi ce livre est important

Le livre The Anxious Generation répond aux préoccupations de nombreux parents tout en fournissant une base solide pour la prise de décision. Il ne s’agit pas d’un manifeste visant à « interdire toute technologie », et il ne rejette pas les inquiétudes légitimes. M. Haidt propose plutôt des conseils fondés sur des recherches qui suggèrent que des changements modestes, particulièrement en ce qui concerne le sommeil, l’accès au téléphone et le report de l’acquisition d’un appareil, peuvent améliorer considérablement les résultats.

Ce livre offre à la fois des éléments rassurants et une feuille de route pratique aux parents confrontés à des dilemmes concernant le temps d’écran. Vous ne réagissez pas de manière excessive. Vos préoccupations sont fondées sur des données probantes, et il existe des mesures concrètes que vous pouvez prendre.

La « génération anxieuse » n’a pas choisi cette situation. En tant que parents ou personnes ayant la charge d’un enfant, nous gagnons à comprendre les causes sous-jacentes afin de prendre de meilleures décisions concernant la technologie dans nos foyers. Non pas en la rejetant entièrement, mais en l’utilisant de façon plus réfléchie. Que le Canada mette en place ou non des restrictions d’âge concernant l’utilisation des médias sociaux, ce livre explique pourquoi cette conversation est importante et ce que vous pouvez faire dans votre propre famille.

Prêt à évaluer la relation de votre famille avec la technologie? Répondez à ce questionnaire interactif pour découvrir des stratégies pour adopter des habitudes de temps d’écran plus saines.

Mots-clés:
Santé mentale
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