Médias sociaux / 01 mai 2026

La nouvelle machine à rumeurs : comment les théories du complot se propagent en ligne

Amanda Lee

Amanda Lee

Conseillère principale, Programmes, Technologies pour l’avenir🅪 et TELUS Averti🅫

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C’est un comportement assez typique pour la plupart d’entre nous en ligne. On fait défiler, défiler et encore défiler. On s’arrête quelques secondes pour regarder un influenceur parler d’une nouvelle tendance santé, interpréter les dernières nouvelles ou dévoiler des potins croustillants sur une célébrité. On ne s’en préoccupe pas trop. Jusqu’à ce qu’on voie un autre créateur raconter une histoire similaire. Puis un autre. Puis encore un autre. Des comptes différents. Les mêmes idées. De plus en plus convaincantes à chaque fois.

C’est souvent ainsi que les théories du complot se propagent en ligne de nos jours. Pas toutes en même temps et pas de façon évidente. Subtilement, vidéo après vidéo, commentaire après commentaire. Selon une récente recherche du Media Ecosystem Observatory (MEO), fruit d’une collaboration entre l’Université de Toronto et l’Université McGill, les fils d’actualité des médias sociaux au Canada sont saturés de contenu lié aux théories du complot.

Bien que la plupart des gens reconnaissent une théorie du complot lorsqu’ils en voient une, une exposition prolongée et répétée peut ébranler la confiance envers le gouvernement et les institutions sociales. Il est important de nous rappeler, à nous et à nos enfants, que tout ce qu’on voit en ligne n’est pas forcément vrai et qu’il faut apprendre à distinguer le vrai du faux.

Qu’est-ce qu’une théorie du complot?

Selon verywellmind, une théorie du complot« rejette l’explication officielle d’un événement et attribue plutôt les responsabilités d’un complot à un groupe ou à une organisation secrets. »

La recherche a cerné cinq caractéristiques clés d’une théorie du complot :

  • Les personnes ou les événements sont supposés être interconnectés ou former un modèle
  • Les actions sont intentionnelles
  • Un groupe travaille ensemble de façon secrète pour atteindre un objectif, généralement nuisible
  • Il existe une menace de préjudice pour autrui
  • Il existe un élément de secret, ce qui rend difficile la découverte de preuves

Les théories du complot s’enracinent généralement pendant une crise, lorsqu’il y a beaucoup d’incertitude et que les gens se sentent anxieux ou instables. Même si les informations peuvent sembler tirées par les cheveux, les gens s’accrochent à toute explication claire qui peut les aider à donner un sens à des événements complexes.

Faits saillants de la recherche du MEO

Le MEO a interrogé près de 1 200 Canadiens anglophones et a analysé 14 millions de publications entre 2023 et 2025 provenant de comptes pertinents au Canada sur X, TikTok, Instagram et Bluesky.

Les chercheurs se sont penchés sur plusieurs théories du complot qui ont inondé nos fils d’actualité, notamment :

  • Les menaces à la santé publique exagérées pour accroître le contrôle gouvernemental (la COVID-19 étant l’exemple le plus récent et le plus marquant)
  • Les écoles qui endoctrinent les enfants avec une idéologie de genre radicale
  • Les médias canadiens qui conspirent avec les élites politiques pour manipuler l’opinion publique
  • Les dépouillements de votes truqués lors des élections canadiennes (c’est aussi un sujet important aux États-Unis)
  • Les identités numériques utilisées par le gouvernement pour contrôler secrètement les Canadiens
  • Le déclenchement intentionnel de feux de forêt pour faire avancer un programme environnemental
  • De fausses données environnementales sur le changement climatique pour accroître le contrôle gouvernemental

Voici quelques-unes des principales conclusions de la recherche :

  • 87 % des publications liées aux théories du complot proviennent d’influenceurs sur les médias sociaux; et ces influenceurs obtiennent le plus grand taux d’engagement (89 % des vues et 87 % des mentions « J’aime »)
  • Les Canadiens sont le plus conscients des théories du complot suivantes : l’exagération des menaces à la santé publique (63 %), l’endoctrinement à l’idéologie de genre (54 %) et la collusion des élites médiatiques (47 %)
  • Les publications sur la collusion entre les médias et les élites ont obtenu le plus grand nombre de vues, soit 2,57 milliards
  • Les Canadiens interagissent le plus avec le contenu complotiste sur X, qui représente 70 % du total des mentions « J’aime » sur les quatre plateformes étudiées (TikTok en comptait 20 % et Instagram 9 %)

Bien que l’exposition et la sensibilisation aux théories du complot sur les médias sociaux soient élevées, les Canadiens hésitent encore à y adhérer totalement. La théorie du complot la plus largement acceptée est l’endoctrinement de genre, avec seulement 21 % des répondants indiquant qu’ils la croient vraie. Il est également intéressant de noter qu’une grande partie du contenu complotiste (68 %) provient d’à peine 100 comptes qui génèrent 90 % des vues et 80 % des mentions « J’aime ».

Distinguer le vrai du faux

Considérant que 44 % des Canadiens s’informent par l’intermédiaire des médias sociaux (et considèrent Elon Musk, Joe Rogan, Tucker Carlson, Brian Tyler Cohen et Donald Trump comme des sources d’information), la pensée critique est plus importante que jamais.

  • Comprenez les algorithmes : les plateformes de médias sociaux veulent vous garder engagé. Dès que vous cliquez sur quelque chose, que vous aimez une publication ou que vous interagissez avec un compte, vous commencerez à voir de plus en plus de contenu similaire dans votre fil d’actualité. Cela peut vous placer, vous ou vos enfants, en plein cœur d’une chambre d’écho. Discutez des algorithmes, de leur fonctionnement et des stratégies pour éviter de rester coincé dans une chambre d’écho.
  • Faites le ménage de vos abonnés : si vous ou vos enfants constatez que vous êtes inondés de contenu douteux, passez en revue les personnes que vous suivez et supprimez les comptes offensants. Vous ne pouvez pas voir le contenu si vous ne les suivez pas.
  • Aiguisez vos compétences en démystification préventive : à mesure que les théories du complots et la désinformation se multiplient, la démystification préventive est devenue une compétence importante en littératie numérique. En reconnaissant comment les créateurs tentent de vous amener à croire à leurs idées, leurs croyances ou leurs points de vue, vous serez moins susceptible de tomber dans le piège. Généralement, les théories du complot reposent sur la manipulation émotionnelle, de faux experts ou de fausses preuves pour amener les gens à y adhérer et à partager ces idées.

Les théories du complot existent depuis toujours, mais les médias sociaux accélèrent leur propagation et leur portée. Bien qu’il soit très facile de faire défiler sans réfléchir et d’aimer ou de partager au hasard, faire une pause est la première étape pour ralentir la propagation. Demandez-vous : que dit réellement cette personne? Est-ce vrai? Existe-t-il des preuves? Je me demande ce qu’en pensent ma mère, mon père, mes grands-parents, mon enseignant ou mon meilleur ami? Se poser des questions intentionnellement plutôt que de faire défiler sans réfléchir est une excellente habitude qui peut vous aider, vous et vos enfants, à renforcer votre résilience face à la désinformation et aux théories du complot qui se propagent en ligne.

Mots-clés:
Fausses nouvelles
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