Médias sociaux / 18 août 2025

Aider nos enfants à reconnaître la haine en ligne et à y réagir

Matthew Johnson

Matthew Johnson

Directeur de l’éducation, HabiloMédias

Une jeune personne regarde son ordinateur portable.

Quand on pense à la haine en ligne, on pense aussitôt au harcèlement, aux théories du complot et aux stéréotypes. Ces phénomènes sont très courants sur Internet, mais la haine la plus répandue est assez subtile pour que les enfants, et même certaines des personnes qui la diffusent, ne la remarquent pas. Ce type de haine crée un lien émotionnel avant de présenter tout contenu idéologique, ce qui la rend encore plus difficile à repérer et à contrer.

La « manosphère », une communauté organisée autour de perceptions stéréotypées des hommes et des femmes, en est un bon exemple. Bien que ses formes extrêmes correspondent à l’idée courante qu’on se fait de la haine, comme la promotion de la violence physique et émotionnelle envers les femmes, ce n’est pas de cette façon qu’elle atteint généralement les enfants. Elle passe plutôt par les influenceurs qui donnent des conseils sur la santé, la mise en forme et les relations, et par les amis ou les camarades de classe qui ont intégré le jargon et les termes comme « alpha », « bêta » et « sigma » (échelons imaginaires d’une hiérarchie, selon des recherches réfutées depuis longtemps sur les bandes de loups) et « sub-5 » (les hommes qui ont une soi-disant cote d’attirance inférieure à 5 sur une échelle de 10).

Les garçons qui éprouvent de l’insécurité quant à leurs relations, à leur corps ou aux notions de genre peuvent être séduits par ce type de concepts. L’intégration à une communauté en ligne peut être une sorte de « préradicalisation », amenant les enfants à s’identifier au groupe avant d’adhérer à ses croyances.

Comme les influenceurs présentent souvent leurs conseils sous forme de vidéos en continu et de balados de plusieurs heures, les garçons entretiennent avec eux une véritable relation parasociale. Les influenceurs passent pour des mentors parce qu’ils reconnaissent comme peu d’autres les véritables défis auxquels les jeunes hommes font face, par exemple, un marché de l’emploi plus exigeant et des revenus plus faibles que les générations précédentes, des taux d’inscription à l’université plus bas ou des taux plus élevés de suicide et de décès liés aux drogues que chez les femmes.

La manosphère enseigne aussi aux garçons à se considérer comme des victimes lorsque la société essaie de prévenir la violence contre les femmes ou de réduire les écarts de rémunération entre les sexes. Là où il y a des victimes, il y a des bourreaux, et dans la manosphère, les bourreaux sont les femmes – les femmes qui soi-disant trompent les hommes, les jugent, exercent un pouvoir sexuel sur eux, attaquent les rôles traditionnels des hommes et rejettent ceux qui ne s’y identifient pas.

C’est ce qui pousse les garçons à viser des idéaux de masculinité inatteignables et dangereux. Le looksmaxing (maximisation de l’apparence) est l’un des moyens par lesquels les garçons sont les plus susceptibles d’être exposés aux idées de la manosphère. Cette tendance promeut l’idée que les femmes ne sont attirées que par un seul type physique et encourage les garçons à s’évaluer les uns les autres selon la façon dont ils correspondent à ce type. Pour corriger leurs lacunes, les garçons sont ensuite incités à acheter des produits et des programmes d’exercices. De plus, comme la masculinité rigide est à l’origine de nombreux défis auxquels les hommes font face, par exemple en les dissuadant de demander de l’aide en santé mentale ou en les mettant en garde contre les emplois considérés comme moins masculins, elle les empêche de chercher de vraies solutions.

Même le contenu grand public de la manosphère est ancré dans la haine. Par exemple, l’altérisation – aspect essentiel de la haine – présente tous les membres d’un exogroupe comme étant identiques entre eux et essentiellement différents de ceux de l’endogroupe. La manosphère pratique l’altérisation en émettant des affirmations générales qui soulignent des différences entre les sexes soi-disant fondées sur la psychologie évolutionniste. Ces affirmations laissent entendre qu’un conflit entre les hommes et les femmes est inévitable, alors que notre monde soi-disant « dominé par les femmes » est comparé avec le passé glorieux où les hommes régnaient en rois et maîtres. Les femmes sont perçues comme l’ennemi secret : elles prétendent être attirées vers les mâles « bêta » pour des raisons de sécurité alors qu’elles sont toujours à l’affût de mâles « alpha » et « sigma », plus attrayants.

Devant ces tendances inquiétantes, comment pouvons-nous protéger nos fils contre l’attrait de la manosphère? Tout d’abord, il faut s’assurer qu’ils n’ont pas d’opinions rigides sur le sexe lorsqu’ils y sont exposés. Il faut aussi sélectionner soigneusement les médias que consultent les jeunes enfants, afin que les garçons soient exposés à des modèles masculins possédant des caractéristiques comme la gentillesse, la compassion et la curiosité. Vers l’âge de 8 ans, nous pouvons commencer à discuter avec eux des stéréotypes fondés sur le sexe qu’ils voient dans les médias.

Si des enfants tiennent des propos qui semblent s’appuyer sur des idées de la manosphère, écoutez-les avec empathie et reconnaissez leurs véritables préoccupations. Aidez-les à comprendre qu’il n’y a rien de mal à être un garçon ou un homme ni à présenter des traits habituellement associés à la masculinité, et que les problèmes auxquels les jeunes hommes font face sont principalement causés, et non résolus, par la rigidité des rôles attribués à chaque sexe. Vous devriez intervenir si vous entendez des enfants dire des choses qui suggèrent que les garçons ou les filles sont tous ou toutes les mêmes, ou que les garçons et les filles sont fondamentalement différents.

Faites savoir aux enfants que les liens avec les influenceurs semblent souvent plus réels qu’ils ne le sont en réalité. Essayez de ne pas critiquer les influenceurs eux-mêmes, mais assurez-vous que vos enfants comprennent que tous les influenceurs ont quelque chose à vendre et que beaucoup d’entre eux finissent par prétendre avoir des opinions extrêmes afin de générer un plus grand intérêt de l’auditoire.

La façon dont ce contenu s’est propagé dans les espaces grand public montre que nous ne pouvons pas protéger complètement nos enfants de la haine en ligne. Il est donc d’autant plus important de s’assurer qu’ils peuvent la reconnaître et y réagir adéquatement, peu importe la forme qu’elle prend. Pour en savoir plus sur le soutien à apporter aux jeunes dans notre monde numérique, accédez à nos ateliers en ligne.

Mots-clés:
Prévention et soutien
Partagez cet article avec vos amis :

Il y a plus à explorer

Médias sociaux

Activité pour les élèves de la 1re à la 3e année du secondaire | Studio de remixage des influenceurs

Médias sociaux

Activité pour les élèves de la 2e année du secondaire à la 1re année de cégep | Rapport sur la réalité : vérifier les influenceurs

Médias sociaux

Activité pour les élèves de la 1re à la 3e année du primaire | Que font les vrais amis?